A chaque coin de rue d'Istanbul, dans ses moindres recoins, il existe une vie commerçante. Même loin des artères les plus passantes...

Le simitçi est bien connu des touristes, il est populaire auprès des turcs. Que ce soit accompagné d'un petit panier d'oseille ou de petites carrioles vitrées marquées du sigle de la ville, ils est chargé d'une précieuse cargaison et sort avec précaution de ces petits anneaux parsemés de graines de sésame. Tandis que vos yeux croquent et transforment déjà le croissant de lune creusé par la cuisson, le vendeur trempe succintement l'extrêmité de ses doigts dans une poudre rouge bordeaux (qui pourrait bien être du piment). Il s'empare du simit qu'il enrobe dans un voile que votre esprit affamé s'empressera de déchirer quand le moment viendra. Et vous lui imprimerez rapidement le sourire qui pointe sur vos lèvres, tout en picorant frénétiquement les graines qui s'en échappent.
Vous n'avez pas soif. C'est d'un regard amusé que vous jettez un oeil au jeune vendeur d'eau qui brandit une bouteille fraiche, sortie d'une poubelle en plastique noir, en glapissant "soğuk su", et côtoie le simitçi au visage durçi par les années.
En descendant l'Istiqlal caddesi vous vous garderez bien de manquer ces vendeurs illégaux qui portent à bras-le-corps leur étal de chaussettes et de montres contrefaites à chaque passage de la police. C'est un ressac permanent qui les mène de l'artère commerçante jusqu'aux petites rues contigües à mesure que le véhicule de la polis se fraie un chemin. A moins que cette dernière ne fasse elle aussi du commerce pendant ses heures de service...
Un son de voix strident. C'est probablement l'hurdacı qui s'annonce pour mieux collecter auprès des habitants des objets en tout genre, du fil électrique aux lampes, en passant par les bibelots et les copeaux de métal. Il les dépose sur sa petite charette en bois et vogue la galère.
Dans ces rues en pente grimpe aussi sans relâche cet homme qui charrie un gigantesque sac de plastique tressé, souvent bien plus volumineux que lui. Il farfouille dans les poubelles et inspecte parmi les déchets qui jonchent le sol. Ou est ta fourmilière et dans quel sac assez grand pourrais-tu bien abandonner toute cette journée les soucis qui doivent peser sur toi?
Et tandis que roulent et s'échappent sur le sol meurtri ces formes suspectes et pâles, notre regard chavire sur le bouquet des senteurs et des couleurs. Sans prêter attention aux cireurs de chaussure qui aimeraient tant fourrer leur main dans ces chaussures ostensiblement sales, je frissonne, de cette déraison qui caractérise si bien l'amateur de fruits acidulés ou sucrés.