mercredi, mai 30, 2007

Photos en pagaille

La Biovive attitude, ou comment faire couler de grosses larmes sans nitrate de mes yeux silencieux... la marque d'un départ imminent.


En Iran, à proximité de la ville de Hemadan... c'est une pratique agréable, d'avoir les pieds sous la couverture et la tête dans les flocons. Il faut juste s'assurer que sa jambe n'est pas collée tout contre le poêle, caché mais qui fonctionne tout de bon!












Elodie sur l’Istiqlal caddesi, poursuivie par le tram (c’est-à-dire par les touristes)… les erasmus français n'ont décidément pas peur du stigmate!











Faire une pause à Istanbul : un acte de résistance.














Le 1er tour de la présidentielle et son lot d'amertume et de déceptions. Les pronostics les plus sérieux sont démentis au cours de la soirée électorale au consulat.

Alban... ben je ne sais pas trop ce que tu avais là mais tu avais un peu cette même expression au sortir du séminaire de l'IFEA sur la gouverance et la territorialité en Turquie.

Mais bon, j'ai bien ma petite idée sur la question...











Prendre les transports en commun à Istanbul? Positivement gé-ni-al! Qui l'eût cru...

Le simitçi... une institution des rues stambouliotes (qui n'a pour vous plus de secrets).















Une "soirée fille".

Ah! Vous l'attendiez pas vrai? Sans commentaire...





Des z'enfants sur un canon (souvenirs souvenirs...).


Moi, en plein acte de résistance!

samedi, mai 26, 2007

Bons baisers de Bulgaristan

Nous sommes partis, Clotilde, Lisa et moi dans le sud-est de l'Europe (et même de l'Union européenne depuis peu)...


... au Bulgaristan!







Un long trajet en bus de nuit (synonyme de nuit entrecoupée par les contrôles de la douane), la menace imminente d'orages violents... on peut dire que cette journée s'annonçait à l'origine plutôt mal ; mais après tout nous avions notre bonne humeur, nous.
C'est sur des images d'adieux et de manifestations de virilité (le départ des jeunes pour le service militaire : des parents fiers ou en larmes, la main crispée sur celle de son aimé, les militaires qui dansent en chantant "Bizim asker, en büyük asker" : Notre armée, la plus puissante) que nous quittons Istanbul.

Nous avions projeté de rester à Plovdiv, seconde ville du pays. Le personnel du bus ne nous réveillera pourtant pas et c'est donc à Sofia que nous nous atterissons, un peu décontenancés, et faisons nos premiers pas en Bulgarie... sous une terrifiante pluie d'orage.

Impossible de faire quoi que ce soit sous cette pluie battante. Nous reprenons donc aussitôt le bus vers Plovdiv ; nous avons tout de même remonté une des rues de la ville, particulièrement glauque et vide.


A Plovdiev un soleil radieux nous attend et nous récompense de notre patience. Une ville qui décidément change de la mégalopole stambouliote, et ceci n'est pas pour me déplaire.
Des zones boisées et de majestueux platanes en tous points de la ville laissent filtrer une lumière chaude et douce qui finit de sécher nos regrets.


Nous retrouvons dans le centre-ville nos chers repères capitalistes, puis grimpons sur une colline qui surplombe la ville. S'y trouve la statue gardienne de la Cité, celle d'un majestueux soldat de l'Armée Rouge.

Nous nous reposons sous ses pieds, bercés par le chant d'un merle et d'un rossignol (depuis quand n'avais-je plus ressenti ce bonheur d'écouter le chant des oiseaux...).








Après une journée somme toute fort agréable (et tout de même bien contrastée), nous avons terminé notre soirée à siroter un mojito la terrasse d'un café de Plovdiv, avant de rejoindre la gare autoroutière à 22h00.

lundi, mai 21, 2007

Mon coeur Balans

Je vous avais laissés sur des propos amers dans un passage gonflé par l’anomie, un jour d'octobre, peinant à percer les rouages de ma noble institution pas tout à fait au cœur de l’université.

Vous vous interrogiez sans doute dès lors, un peu convenez-en. Le "DFSPA de Tarabya", un nom qui devrait au moins vous faire rêver. Après tout cet établissement est la première coopération universitaire franco-turque...

C'est que depuis j'ai découvert l’Esprit des lois qui régissent cette zone d’apparent non droit.

Alors, l'Esprit de Tarabya?



Ben, c'est à peine plus compliqué que ça...















Tout d'abord, une cantine parfaitement moderne qui couronne de plaisir un cours littéralement passionnant.




Une relation particulière avec nos profs (euh, je précise : pas exclusivement avec ceux qui nous notent aux examens...).




Des femmes voilées très inquiétantes qui rôdent dans notre université (si je vous dis que le voile est interdit à l'université en Turquie, tout ceci commence quand même à vous choquer?)










Comme partout il y a certains des étudiants que l'on apprécie plus que d'autres.



A l'occasion des examens, les étudiants s'entraînent à l'art difficile de la caligraphie rupestre (l'enseignement turc consacre l'apologie du "par coeur")...


Sous le regard sévère du père Atatürk.








Mais bon, après tout on est bien au pays du drapeau rouge, n'est-ce pas?

C'est que nous on est des rebelles à Tarabya!

jeudi, mai 17, 2007

Erkek olmak şart mı ?


Kuaför Clotilde m'a dessiné une palmeraie sur la tête (une simple incitation à l'origine mais finalement les choses sont allées plus loin que ça...).


Le comique dans cette affaire c'est que nous étions en pleine campagne féministe sur l'accès des femmes à la députation (4,4% des représentants dans la Grande Assemblée. Or les législatives anticipées se tiendront en juillet en Turquie), dans une société globalement très "kro" (terme turc pour désigner les machos).

Des regards amusés, des regards noirs de reproche parfois (la gente kro me sembla-t-il), des regards gênés (parmi certains camarades d'université).

En tout cas une journée plutôt intéressante à renverser le stigmate dans les rues d'Istanbul.



lundi, mai 14, 2007

On naît Ersamus qu'une fois dans sa vie...



Il y a près de onze mois, Clotilde, jeune fouillousoise de 19 ans (...), et moi étions les seuls touristes à nous balader en août et en manteau dans l'aéroport Roissy-Charles De Gaulle.

Dans un mois jour pour jour ce sera à nouveau un départ, aux accents de retour cette fois, seul, avec une pointe de nostalgie (oui, certainement avec bonheur également...), mais avec aussi de nombreuses expériences dans mes bagages, dans un coin roulées en boule (pour ceux qui connaissent mon sens du rangement) et empaquetées dans la précipitation du départ (j'espère que je ne dépasserai pas le poids réglementaire...).
Je suppose que ce soir-là l'ambiance sera un peu particulière. L'air même ne me semblera plus le même (un peu moins pollué, ce serait bien) et je suppose que la ville défilera sous mes yeux comme un roman, mon histoire.
Je verserai sans doute une petite larme en décapsulant ma Biovive, dans les airs, quelque part entre la France et la Turquie.
Les sentiments ne se commandent pas mais je me connais, je suis un mélancolique dès qu'il s'agit de prendre de l'altitude.
Un dernier mois, comme le point d'orgue qui marque la dernière mesure du dernier air. On l'attend toujours mais il ne cesse pourtant de nous surprendre, par son exubérante gravité sans doute.

vendredi, mai 11, 2007

La rue et nous

A chaque coin de rue d'Istanbul, dans ses moindres recoins, il existe une vie commerçante. Même loin des artères les plus passantes...


Le simitçi est bien connu des touristes, il est populaire auprès des turcs. Que ce soit accompagné d'un petit panier d'oseille ou de petites carrioles vitrées marquées du sigle de la ville, ils est chargé d'une précieuse cargaison et sort avec précaution de ces petits anneaux parsemés de graines de sésame. Tandis que vos yeux croquent et transforment déjà le croissant de lune creusé par la cuisson, le vendeur trempe succintement l'extrêmité de ses doigts dans une poudre rouge bordeaux (qui pourrait bien être du piment). Il s'empare du simit qu'il enrobe dans un voile que votre esprit affamé s'empressera de déchirer quand le moment viendra. Et vous lui imprimerez rapidement le sourire qui pointe sur vos lèvres, tout en picorant frénétiquement les graines qui s'en échappent.

Vous n'avez pas soif. C'est d'un regard amusé que vous jettez un oeil au jeune vendeur d'eau qui brandit une bouteille fraiche, sortie d'une poubelle en plastique noir, en glapissant "soğuk su", et côtoie le simitçi au visage durçi par les années.
En descendant l'Istiqlal caddesi vous vous garderez bien de manquer ces vendeurs illégaux qui portent à bras-le-corps leur étal de chaussettes et de montres contrefaites à chaque passage de la police. C'est un ressac permanent qui les mène de l'artère commerçante jusqu'aux petites rues contigües à mesure que le véhicule de la polis se fraie un chemin. A moins que cette dernière ne fasse elle aussi du commerce pendant ses heures de service...


Un son de voix strident. C'est probablement l'hurdacı qui s'annonce pour mieux collecter auprès des habitants des objets en tout genre, du fil électrique aux lampes, en passant par les bibelots et les copeaux de métal. Il les dépose sur sa petite charette en bois et vogue la galère.
Dans ces rues en pente grimpe aussi sans relâche cet homme qui charrie un gigantesque sac de plastique tressé, souvent bien plus volumineux que lui. Il farfouille dans les poubelles et inspecte parmi les déchets qui jonchent le sol. Ou est ta fourmilière et dans quel sac assez grand pourrais-tu bien abandonner toute cette journée les soucis qui doivent peser sur toi?


Et tandis que roulent et s'échappent sur le sol meurtri ces formes suspectes et pâles, notre regard chavire sur le bouquet des senteurs et des couleurs. Sans prêter attention aux cireurs de chaussure qui aimeraient tant fourrer leur main dans ces chaussures ostensiblement sales, je frissonne, de cette déraison qui caractérise si bien l'amateur de fruits acidulés ou sucrés.

jeudi, mai 10, 2007

Tatil


Je suis sur un yacht blanc (reconnaissable à son sigle iDO), qui mouille dans les environs de l'île de Malte (disons près d'une île). Cap vers la Grèce.
Les manifs du 1er Mai n'ont pas eu ma peau, ni même les élections le 6 Mai dernier.
Je vais bien...

mercredi, mai 09, 2007

Résistance morale

Des bris de verre sur les pavés... quoi qu'aient souhaité manifester les "groupements anti-Sarkozy" ils ne sont parvenus qu'à une chose : rentrer dans ce petit jeu qu'ils condamnent.
Car c'est par la violence, et un soir d'élection qui plus est, qu'ils ont voulu mettre en garde dieu sait qui contre celui qu'ils considèrent -qui sait- être un danger pour les principes démocratiques.
Déni de démocratie au nom de l'idéal démocratique, violence physique dans la rue contre violence symbolique de l'Etat. Et la masse silencieuse qui ne peut que s'indigner d'un tel manichéisme et se voit ainsi confortée dans son vote : le peuple qui, devant un tube cathodique racoleur, assiste en direct à "l'embrasement" par une minorité d'agités dressés en Nike et Dolce Gabbana, une minorité qui voudrait bien refaire le Grand Soir et passe sa colère sur des agents de l'Etat.
C'est qu'ils sont prêts, sans savoir forcément trop à quoi mais la leçon a été apprise : Sarko est méchant et ce soir on va brûler un pneu.

Le choix électoral de dimanche dernier ne saurait produire chez des démocrates qu'une seule réaction saine, les larmes et la vigilance.

vendredi, mai 04, 2007

1 Mayıs yaşasın

La fête du travail est toujours en Turquie un moment de tensions, et tout spécialement à Istanbul. Ce n'est pas un jour férié.
En 1977 une fusillade avait provoqué la mort de 34 manifestants. Le 1er Mai était donc cette année une date particulièrement symbolique, les syndicats ayant appelé en signe de commémoration à braver l'interdit de la police et à se rassembler sur la place Taksim.
Cette place est symbolique : elle est le carrefour de la vie sociale à Istanbul et c'est par ailleurs une place que le pouvoir a investi pour ses parades.

Je me suis rendu tout d'abord sur la place, derrière les cordons de sécurité (les policiers laissaient d'abord passer au compte-goutte les badauds qui ne semblaient pas se soucier de cet événement). Le dispositif policier était impressionant, l'armée était d'ailleurs tenue en réserve près de la place, dans le parc de Taksim. Des petits cortèges de manifestants, plusieurs dizaines ou des centaines tout au plus, étaient régulièrement repoussés par des policiers en armure de plastique et portant des masques à gaz sur la tête. Un policier en armure donnait des coups de matraque à un manifestant tandis que ses collègues tentaient de le retenir... la tension était bien palpable.

Pourquoi suis-je donc retourné sur l'Istiqlal caddesi? Peut-être une sorte de fascination, la volonté de voir par mes propres yeux et aussi de pouvoir témoigner sans doute.
La rue, grande artère commerciale qui plonge dans la place Taksim et dont le consulat général de France forme un des coins, était pleine de monde. Il y avait les manifestants qui chantaient en brandissant le poing (« İşte Taksim, işte bir Mayıs »), de nombreux jeunes qui applaudissaient ou tenaient des drapeaux. Les communistes (TKP) étaient présents mais également des syndicats, des militants pour la défense des droits de l'homme...
De nombreux spectateurs enfin, curieux et sans doute sympathisants du mouvement, dessinaient une haie d'honneur à ce cortège, bloqué en amont par les cordons de policiers.

Répression policière

L'ambiance n'était pas particulièrement inquiétante, du moins de là ou je me trouvais. Et j'avais rencontré Nassira, une amie franco-marocaine de l'université de Galatasaray. Nous parlions donc lorsqu'elle m'aggripa le bras et m'entraîna en courant. Surpris, je vis tout à coup tomber autour de nous des projectiles et un épais écran de fumée se former. Je me sentais un peu pris au piège, sans trop savoir vers quoi nous courrions mais suivant la vague humaine dans ce mouvement de panique. Imaginez le lancement de bombes lacrymogènes, sans avertissement préalable, sur la rue Sainte-Catherine à l'heure de pointe. Nous bifurquâmes vers la gauche, vers un grand magasin de vêtements, Collezione.
Fort heureusement les vendeurs en avaient ouvert les portes et nous acceuillaient tant que possible. Des gens, les yeux rougis par la fumée vomissaient sur le sol. La tête nous tournait et notre gorge était comme prise par l'acide, tandis que l'odeur de la lacrymo peinait à se dissiper dans le magasin.
Nous sortîmes le coeur gros par la seconde entrée du magasin, qui donnait sur une rue calme et non enfumée. Nous ne savions alors pas trop que des affrontements allaient s'étaler tout au cours de l'après-midi, essentiellement près de la place de Taksim et près de Beşiktaş. Plus de 800 arrestations et plusieurs dizaines de blessés...